Manufacturier : Des mesures budgétaires ciblées pour renforcer la compétitivité
Les PME, le secteur manufacturier et l’exportation sont essentiels à l’économie mauricienne, mais peinent face à des coûts élevés, un accès limité au financement et un manque d’innovation. Le budget 2025–2026 prévoit un appui renforcé : soutien à l’entrepreneuriat féminin, incitations fiscales, aide à l’export. Cependant, l’arrêt des aides post-Covid soulève des inquiétudes quant à la compétitivité des petites entreprises à l’international.
Les petites et moyennes entreprises (PME) représentent 99 % des entreprises et jouent un rôle majeur dans l’économie, avec 35,7 % de la valeur ajoutée brute et près de la moitié des emplois. L’industrie manufacturière, quant à elle, y occupe une place importante : 12,3 % du PIB en 2024, et près de 20 % en incluant les effets indirects. Elle emploie 90 000 personnes directement et jusqu’à 200 000 indirectement. Les exportations sont essentielles, générant plus de 60 % des recettes en devises et contribuant positivement à la balance commerciale. Les principaux produits exportés sont le textile, l’agroalimentaire transformé, la bijouterie et les équipements techniques.
Malgré leur poids dans l’économie, ces secteurs font face à plusieurs défis. Pour y répondre, le budget 2025–2026 prévoit diverses mesures d’accompagnement, avec un accent particulier sur l’entrepreneuriat féminin. Parmi les annonces phares : le renforcement du programme Women Entrepreneur Loan Scheme. Le délai de grâce passe de 12 à 18 mois, permettant aux bénéficiaires de consolider leurs projets avant les premières échéances. Le plafond du prêt est également relevé, de Rs 500 000 à Rs 1,2 million, afin de faciliter l’accès au financement.
Si ces mesures sont globalement bien accueillies, elles suscitent aussi certaines réserves. Il fallait absolument soutenir les femmes entrepreneures, car jusqu’ici, elles ont été largement négligées», affirme Maya Sewauth, vice-présidente de la SME Chambers. «Cela dit, le nouveau plafond de Rs 1,2 million reste insuffisant pour celles qui ont déjà lancé leur activité et souhaitent se développer davantage. Ce montant cible surtout les micro-entreprises. Par ailleurs, certaines conditions posent encore problème. Par exemple, une femme mariée doit obtenir l’accord de son époux pour accéder au prêt, ce qui, à mon sens, est injustifié. Concernant le passage du délai de grâce de 12 à 18 mois, je trouve cela positif. En effet, démarrer une entreprise ou utiliser un prêt est déjà très difficile, donc cette prolongation aide vraiment. Néanmoins, un délai de 24 mois aurait été plus réaliste. Cela montre qu’il y a encore une marge d’amélioration.»
Manufacturier : «Une vraie marge de manœuvre»
Vinay Kanhye, directeur de V Kanhye Health Foods Ltd, perçoit quant à lui ces ajustements comme un levier concret pour l’entrepreneuriat féminin. «Beaucoup de femmes ont des idées, mais se heurtent à des obstacles financiers. La prolongation du délai de grâce à 18 mois leur donne une vraie marge de manœuvre pour s’installer, structurer leur activité et commencer à générer des revenus avant d’entamer le remboursement», souligne-t-il. «Le doublement du plafond, de Rs 500 000 à Rs 1,2 million, ouvre également plus de possibilités.»
Manufacturier : «Augmenter nos recettes en devises étrangères»
Le budget 2025–2026 vise aussi à renforcer la capacité des entreprises à conquérir de nouveaux marchés. Dans cette optique, le programme En Route Vers l’International aide les PME à structurer leur stratégie export grâce à une subvention équivalente. Pour Sylvan Oxenham, membre du conseil d’administration de l’Association of Mauritian Manufacturers (AMM), l’annexe budgétaire témoigne d’un soutien clair au Made in Moris.
«C’est une demande que l’on entend souvent sur le terrain, surtout pour les PME déjà engagées à l’export. Ce programme est la suite logique d’En Route Vers le Made in Moris, qui a déjà porté ses fruits. Les entreprises tournées vers le marché local, mais solides, ont besoin de ce soutien pour grandir à l’international. Aujourd’hui, de bons signaux montrent que les exportations peuvent vraiment décoller. L’AMM et le label Made in Moris seront là pour les accompagner.»
Vinay Kanhye souligne également l’importance de ce programme, tout en appelant à un accompagnement plus structuré à l’étranger. «Les ambassades mauriciennes doivent disposer d’un budget dédié à la commercialisation et à la promotion des produits locaux. La participation aux foires internationales est cruciale pour accroître la visibilité de nos PME. Renforcer la visibilité de nos produits à l’international est indispensable pour soutenir durablement le développement des PME exportatrices», insiste-t-il.
Même son de cloche pour Nashad Elias, Executive Director de Vector International. «Ce type de soutien est essentiel pour aider les PME à mieux comprendre les marchés internationaux, à se conformer aux exigences réglementaires et à structurer leur stratégie d’exportation. Il maximise leurs chances de réussite à l’international, diversifie leurs revenus et réduit leur dépendance au marché local.»
Selon lui, il existe aussi des opportunités régionales à fort potentiel, notamment dans le bassin de l’océan Indien. «Nous devrions encourager les entrepreneurs mauriciens à exploiter les ressources et la main-d’œuvre de nos voisins pour créer de la valeur ajoutée. Le textile, la vanille ou le cacao en sont de bons exemples. En accompagnant nos entrepreneurs pour transformer ces ressources et les réexporter vers des marchés plus lucratifs, nous renforcerons notre économie et augmenterons nos recettes en devises étrangères.»
Manufacturier : «Un impact négatif sur la compétitivité des PME»
Dans ce contexte d’ouverture vers les marchés extérieurs, la question du soutien logistique reste centrale. Or, certaines mesures exceptionnelles mises en place durant la pandémie arrivent à leur terme. La réduction de 50 % sur les frais de port accordée aux exportateurs de conteneurs dans le cadre des aides post-COVID prendra fin le 30 juin 2025. Cette aide ne sera pas renouvelée. «Les aides post-COVID qui vont être supprimées sont bien ciblées. Très peu de PME bénéficient encore du Freight Rebate Scheme», affirme Vinay Kanhye.
Toutefois, il souligne l’importance de maintenir les fonds destinés à la promotion des produits à l’international. «Il est important que le budget destiné à promouvoir et à commercialiser nos produits soit maintenu, mais utilisé de manière judicieuse. Les programmes de promotion à l’exportation et la participation aux foires internationales nous offrent de la visibilité à l’international et sont indispensables.»
De son côté, Nashad Elias s’inquiète des effets que pourrait avoir cette suppression sur la compétitivité des petites structures à l’international. «Cette suppression risque d’avoir un impact négatif sur la compétitivité des PME, surtout celles qui dépendent encore de marges serrées. Les frais logistiques et les coûts d’accès aux marchés étrangers sont souvent élevés pour les petites structures. La disparition des aides pourrait limiter leur capacité à exporter, à rester compétitives face à des concurrents étrangers subventionnés, ou à maintenir leur présence sur certains marchés stratégiques. Il nous faut pallier notre handicap lié à un positionnement éloigné des marchés lucratifs, qu’il s’agisse des pays développés ou des pays africains, où le manque de fréquences rend le coût de la logistique un véritable défi. Nous devons pouvoir maintenir l’aide pour faciliter la connexion aux marchés internationaux à l’export.»
Manufacturier : «Renforcer l’accompagnement»
Autre levier économique important pour aider les PME, c’est la révision de l’Income Tax Act pour soutenir le versement de la compensation salariale. Vinay Kanhye salue cette décision. «Le versement de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) aux personnes à faibles revenus jusqu’en 2027 est un vrai soulagement. Pour les PME avec un chiffre d’affaires supérieur à Rs 3 millions, l’enregistrement à la TVA est positif, surtout parce qu’elles produisent beaucoup de produits exemptés», soutient-il. «Pouvoir récupérer la TVA sur leurs coûts leur permettra d’améliorer leur situation. Il ajoute que le remboursement de la TVA pour les planteurs et agriculteurs est également encourageant pour le secteur agricole.»
Toutefois, Maya Sewauth appelle à la prudence : «Certaines décisions sont sans doute motivées par la viabilité économique à long terme, mais il faudrait clarifier les critères retenus. Si l’on veut vraiment encourager l’exportation, il fallait au contraire renforcer l’accompagnement, surtout pour les PME et les entrepreneures qui ciblent des marchés compétitifs comme ceux d’Afrique. Des pays comme les États-Unis protègent leur production nationale.»







