Secteur financier : Transformer Maurice en hub de la finance moderne
Secteur financier – Le budget 2025-2026 propose des mesures ambitieuses pour stimuler les services financiers, pilier clé de l’économie mauricienne. Si ces orientations peuvent renforcer l’attractivité du secteur, leur succès dépendra de la capacité à combler le déficit de compétences dans les segments innovants et à assouplir un cadre fiscal encore jugé peu favorable à l’investissement et à l’innovation.
Pour rendre le secteur des services financiers plus résilient, le budget 2025-2026 prévoit une série de mesures, qui comprend notamment une transformation moderne des services avec l’introduction de l’e-licensing par la FSC, une révision du cadre règlementaire régissant la lutte contre le blanchiment d’argent et la lutte contre le terrorisme, ou encore un cadre simplifié pour la gestion de patrimoine et les family offices.
«Le budget 2025-2026 trace une ambition stratégique pertinente pour le secteur financier mauricien en ciblant les services à haute valeur ajoutée (fintech, finance verte, family offices) et représente une montée en gamme (pas que du back office). Cette orientation exploite judicieusement les atouts du pays : sa position de hub Afrique-Asie, son réseau de 46 conventions fiscales – dont une vingtaine africaine – et sa main-d’œuvre bilingue. Le renforcement de la stabilité financière, crucial après les défis récents (liste grise FATF, impacts post-COVID), consolide également la crédibilité auprès des investisseurs internationaux», soutient l’économiste, Manisha Dookhony.
Cette vision s’accompagne toutefois de nombreux défis à relever. Manisha Dookhony déplore ainsi un déficit criant de compétences locales en technologies émergentes (IA, blockchain) et ingénierie financière. La marginalisation accélérée des PME sous le double effet d’une fiscalité croissante et de coûts de conformité étouffante menacent également cette vision. De plus, l’exode d’entreprises vers des juridictions comme Dubaï ou Singapour, attirées par des régimes fiscaux plus compétitifs, affectent le développement du secteur et s’y ajoute l’accès bancaire restrictif aux fintechs, qui paralyse un secteur pourtant jugé prioritaire dans ce nouveau modèle économique.
Pour transformer ces stratégies en leviers concrets, Manisha Dookhony est d’avis que des correctifs urgents s’imposent. Comme initiatives pertinentes attendues ; attirer et retenir les talents via des fast-track visas ciblant les experts africains-francophones; soutenir les PME et fintechs par des crédits d’impôt Recherche & Développement (30 % des dépenses), un guichet bancaire centralisé sous l’égide de la Bank de Maurice, et une facilitation sur la fiscalité des family offices panafricains. «Il faut aussi renforcer l’avantage concurrentiel via une licence rationalisée “Afrique” et un benchmarking fiscal et administratif face aux juridictions comme Dubaï et Singapour», poursuit-elle.
Un pilotage rigoureux avec des objectifs clairs et des procédures plus rapides – comme une réduction des délais de délivrance de licence à moins de 3 mois –, une stratégie africaine ciblée, axée sur la finance climatique et la gestion de fortune, ainsi qu’une synergie banques-fintechs pour des développer des produits innovants, seraient essentiels d’après Manisha Dookhony pour assurer l’effectivité des mesures annoncées.
Secteur financier : «Envoyer un signal fort aux investisseurs internationaux»
Concernant l’annonce d’une feuille de route nationale en vue de l’évaluation mutuelle de l’ESAAMLG prévue en 2027, Mauritius Finance salue cette initiative, qui reflète l’engagement des autorités et du secteur privé à renforcer le cadre de lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme (AML/CFT). Dans le même esprit, l’organisme accueille favorablement le déploiement, par la Financial Intelligence Unit, d’un logiciel de renseignement financier avancé permettant l’analyse en temps réel des transactions suspectes – un outil clé pour consolider la réputation de Maurice à l’international.
L’évaluation de la solidité du secteur financier mauricien et des réformes à envisager dans le cadre du Financial Sector Assessment Program (FSAP), menée par le FMI et la Banque mondiale, est perçue comme une démarche louable pour renforcer la crédibilité du centre financier international de Maurice. Pour Manisha Dookhony, cette analyse en profondeur «envoie un signal fort aux investisseurs internationaux, en témoignant d’une volonté de transparence et d’alignement sur les standards mondiaux. L’évaluation indépendante identifiera les vulnérabilités cachées comme l’exposition aux risques climatiques, l’adéquation des fonds propres et proposera des réformes ciblées. Les recommandations permettront de renforcer la supervision financière et les dispositifs de crise, comme les tests de résistance bancaire ou la gestion des cyber-risques».
L’économiste trouve cependant que les réformes qui en découleront pourraient peser sur les petites structures du secteur. Selon elle, les conclusions doivent être transformées en feuille de route opérationnelle «et pas un simple rapport comme celui de l’audit». Le gouvernement devrait ainsi allouer des budgets dédiés aux réformes prioritaires. Dans le cadre d’un Branding, l’économiste est d’avis que Maurice pourrait alors utiliser le label «FSAP-compliant» comme argument commercial en particulier pour attirer des sièges régionaux.
Secteur financier : Promouvoir les services à forte valeur ajoutée
Faraz Rojid, CEO de Mauritius Finance, salue également cette initiative, qui permettra à notre IFC de mieux relever les défis à venir. Toutefois, il rappelle l’équilibre délicat que doit maintenir le gouvernement entre stabilité réglementaire et attractivité du centre financier mauricien dans un contexte mondial compétitif. «Si l’annonce d’un cadre fiscal clair pour une période déterminée apporte une certaine certitude, il est essentiel de veiller à ce qu’une telle révision n’entraîne pas de conséquences imprévues contraires à l’esprit d’innovation prôné dans ce budget. Il est aussi crucial de préserver notre capacité à attirer les expatriés, qui apportent une réelle valeur au Global Business et contribuent au développement du centre financier mauricien», souligne-t-il.
Dans cette optique de montée en gamme du centre financier, ciblant des services à forte valeur ajoutée, le gouvernement prévoit de rationaliser l’octroi de licences pour la gestion de patrimoine et les family offices, afin d’attirer une clientèle fortunée. Si cette initiative s’inscrit dans une démarche de compétitivité bienvenue, Manisha Dookhony estime que son succès dépendra d’un équilibre délicat entre fiscalité générale, efficacité et inclusion.
Pour l’économiste, cette mesure présente des avantages tangibles pour l’écosystème financier mauricien comme une réduction des délais d’agrément qui renforcera l’attractivité pour les capitaux internationaux, tandis que la standardisation des pratiques améliorera la protection des clients et la lutte contre le blanchiment d’argent. Elle précise toutefois que sans garde-fous adaptés, on pourrait assister à une concentration du marché au profit des grands acteurs capables d’absorber les coûts de conformité, marginalisant ainsi les PME locales. Par ailleurs, une réglementation trop rigide pourrait provoquer l’exode des talents vers des juridictions plus flexibles.
Cette réforme confirme d’autant plus cette stratégie de faire de Maurice un hub régional pour l’Afrique. «En se positionnant comme plateforme “premium” pour la gestion de fortune panafricaine, Maurice peut capitaliser sur ses atouts distinctifs : un cadre réglementaire rationalisé et un réseau de traités fiscaux avec le continent» ajoute l’économiste.







